François Le Roux : Des Mots sur Notes par Françoise GADALA

Posted by fpianistele-roux on juillet 14, 2013 PRESSE | | No comments

Orphée, prince des poètes, parvenait à faire pleurer les pierres avec la musique de ses mots, qu’il accompagnait de sa lyre. On oublie souvent que jusqu’au XIVè siècle, la poésie, chantée et  accompagnée , est indissociable de la musique. Pétrarque écrit à la gloire de Laure son Canzionere (Chansonnier). Avec Guillaume de Machaut poète et musicien « maître de toute mélodie », naissent les premiers poèmes écrits pour être « dits » ; les mots et les notes se séparent.. et la poésie devient.. pure musique des mots.

C’est dans la « chanson à texte » que les héritiers d’Orphée perpétuent l’enchantement. Chanson à texte … lorsque les mots ne s’inclinent plus devant les notes mais s’en enrichissent … un genre dont beaucoup se réclament.

Mais, trop souvent,  que deviennent les mots privés de leur mélodie ?

Il arrive hélas que le texte gise sur le livret du CD comme la dépouille désarticulée d’un oiseau abattu en vol.

Avec François Le Roux, poète et musicien « qui dérive en piano »,  rien de tel, aucune désillusion. Après l’enchantement du spectacle, refermé le clavier et éteinte la voix qui nous ont transportés, reste l’enchantement du Canzionere et  demeure la portée du message messianique que  les poètes ont pour fonction sacrée de répandre,  leurs mots ne sont-ils pas « la vérité de leurs rêves magnifiés » ?

Car François Le Roux est un poète, chez lui la musique des mots précède celle des notes, et c’est à l’essence même des êtres, à l’intemporalité des sentiments qu’il consacre sa quête de virtuose.

Fou de versification, féru de références littéraires, abreuvé aux sources des mythologies, il laisse son imaginaire se tisser de métaphores filées, se rire de jeux sur les mots, s’enivrer de sonorités. Tantôt poète lyrique et tantôt poète engagé, tour à tour exalté et révolté, il chante la Femme , célèbre l’Amour impossible, pleure la Désillusion, crie contre l’Injustice et se gausse de notre société de consommation.

La quête inlassable de l’Amour se meut en désespoir car la femme virtuelle que le poète « navigateur solitaire », en quête d’une union orgasmique des âmes, cherche jusque dans « les abysses des fonds d’écran » pour la mettre « belle à la barre de mes rêves », se transforme à l’épreuve du temps et de la réalité en cruelle désillusion, tant « au bal des innocents on fraye avec les fées/ mais on ronge souvent les os de caraboss’ »

Pendant ce temps s’aggrave le scandale d’une planète où se creusent les inégalités au rythme des naissances aléatoires et pipées car : « Ton destin tient dans un coup d’ queue/C’est la loterie des riches, des gueux/C’est c’qu’on appelle l’humanité/ Pour un tiers de déshérités » ; et chez nous se vautre une société matérialiste dont le poète s’effraie « troupeau de la marche de l’empereur/ce bonheur de  manchots pouss’caddie quelle horreur » .

Mais, qu’il se désespère ou se tende vers le bonheur, c’est toujours la langue française que François Le Roux célèbre, inventeur d’une nouvelle grammaire, syntaxe dont le cœur bat, une grammaire de la vie. Car il ne s’agit pas seulement de « réinventer le mot toujours/Pour toi l’Héllène de mes chants d’amour », mais aussi d’« Etre sujets et verbes  même à l’article de la mort/Rich’ de nos pluriels notr’singulier est le plus fort/Notre complément de temps sera lieu de merveilles/J’voudrais avec toi écrire avec l’encre éternell’ ».

Françoise GADALA

Professeure Agrégée de Lettres Modernes, Lycée Malherbe Caen